Il y a des jours où rien ne va. Il y a des jours où l’on apprend à se connaître, et on regrette cette découverte. J’aimerais faire machine arrière, j’aimerais pouvoir remonter le temps et éviter ce moment où j’apprends cette horrible vérité.
J’ai 20 ans, j’ai dépassé de peu le quart de ma vie, et pourtant on me répète que je ne sais rien, parce que je n’ai rien vécu. C’est sûrement vrai, je ne sais
probablement rien. Je ne suis qu’un impie intolérant porte parole de l’ouverture d’esprit et du multiculturalisme. Je ne revendique l’égalité des chances que pour arriver à mes fins et prône un
cosmopolitisme teinté de racisme et d’individualisme. Hier je ne savais pas tout cela, mais aujourd’hui une divine lueur a éclairé ma lanterne et m’a sorti de l’obscurantisme dans lequel j’étais
confiné depuis ma plus tendre enfance. Depuis ce matin 8heure je ne suis plus un quidam moyen, je suis relégué au rang des ordures dégénérées les plus viles, repoussantes, ignobles et inhumaines
que la Terre n’ait jamais porté. Moi qui me pensais plutôt humaniste, tolérant et défenseur de l’égalité des chances ne serais en réalité qu’un fervent défenseur du national-socialisme. N’étant
pas des plus cultivés, je me précipite sur mon Larousse 2007 afin de savoir qui je suis, ce que je pense, comme je dois agir pour coller à ce qui me définit. Page 724, le Petit Larousse
m’explique enfin à quoi j’adhère et quelles valeurs je soutiens. National-socialisme : Mouvement nationaliste et raciste (plus particulièrement anti-sémite), dont la doctrine exposée par
Adolf Hitler dans Mein Kampf a servi de politique à l’Allemagne de 1933 à 1944.
Il va sans dire que, dans un premier temps, j’ai été horrifié. Comment moi, franco kabyle côtoyant des juifs, aurais je pu me douter un seul instant que
j’étais antisémite et raciste ? Puis j’ai repensé à la magnifique métaphore filée grâce à laquelle mon professeur d’économie m’a permis, à moi et peut-être aussi à tous mes camarades, de se
découvrir de nouvelles valeurs et un nouveau guide spirituel. Elle a évoqué des souvenirs d’enfance, qui semblaient d’ailleurs l’avoir tellement
touchées qu’elle vagissait plus qu’elle ne parlait. Elle a passé son enfance dans un petit village au centre de la France. Pour ne pas trahir sa pensée, je vais reprendre les termes utilisés ce
matin même. Dans ce petit village, des connards votaient pour faire tomber les têtes de salopards Juifs. Il semblerait que l’attitude d’une partie de notre classe soit identique à celle de ces
villageois depuis qu’une partie d’entre nous proteste contre la mise en place d’entretiens supplémentaires pour des élèves déjà bons, et dont certains n’ont pas raté les entretiens précédents. Il
semblerait donc raciste, antisémite et intolérant de ne pas considérer qu’égalité des chances soit synonyme de privilèges pour les meilleurs et mise à l’écart des moins bons. Je dois vous avouer
que j’ai d’abord été révolté par cela, et que j’ai peiné pour ne pas rendre mon repas face à l’usage de notions telles que le nazisme et ce qu’il a entraîné. Je ne vois pas comment elle a pu
faire le lien entre moi et Hitler, Himmler, les camps de concentration, si ce n’est que comme Himmler, je fais usage, quotidiennement, de fours. Je n’ai jamais éprouvé la moindre haine envers les
Juifs ou les Israéliens, même s’il est vrai que je ne suis pas tout à fait d’accord avec la politique qu’ils mènent en Palestine. Je me suis donc longuement demandé ce qui pouvait faire de moi un
national-socialiste.
Procédons par ordre. Dans mes veines coulent du sang breton. Ceci explique cela. En ayant du sang breton dans le corps, je ne pouvais guère mieux espérer finir
militant du Front National. Comment, avec mes origines bretonnes, pourrais je, ne serait-ce même qu’essayer, de soutenir le fait que je ne suis pas raciste ?!! C’est impossible. Un Breton
sans racisme, c’est comme un vin sans raisin. Ajoutons à cela mes gênes kabyles. Qu’est-ce qu’un kabyle, un bicot, un melon, déteste le plus après le ketchup dans le couscous ? La réponse
vous saute aux yeux, c’est bien les Juifs. Je n’ai donc pas besoin de chercher plus loin, je suis bel et bien un national-socialiste, et en y réfléchissant bien, ce n’est pas si grave que cela.
Eh oui !!! Qui après l’échec de la République de Weimar a rétablit l’ordre et la stabilité économique ? Qui a augmenté l’espérance de vie en améliorant l’hygiène, notamment à travers la
création de nombreuses douches ? Qui a développé le secteur de la sidérurgie et de la chimie pendant les années 30 ? Qui a sorti le monde de sa torpeur en tentant d’unifier les nations
d’Europe ? Je n’ai qu’une réponse à toutes ces question : c’est l’application du national-socialisme. Le four micro-onde aurait-il eut le même succès sans la publicité faite par
Goebbels ? Aurions nous assez de place sur Terre aujourd’hui pour vivre correctement et subvenir à nos besoins ? On nous répète sans cesse que nous épuisons les ressources terrestres,
mais sans tous ces gens déportés, il y aurait des milliards de personnes supplémentaires à nourrir, des personnes qui aujourd’hui seraient impotentes,
dépendantes du corps médical, et nous, pauvres citoyens que nous sommes, devrions payer la retraite et les soins de ces parasites !!!
Je sais désormais qui je suis. Je suis un populiste, arriviste arriéré ne manquant pas une occasion pour tenter de prendre le contrôle et d’évincer tout ce qui
pourrait avoir un quart de tiers de sang juif. Mais si je le fais, c’est pour l’intérêt général, pas uniquement pour que ma situation soit meilleure. C’est par l’intermédiaire d’une femme très
cultivée, pour qui l’équation de l’égalité des chances est : Privilège pour les meilleurs – Mise à l’écart des moins bons= égalité des chances, que j’ai su qui j’étais
réellement.
Je n’ai désormais plus honte de le dire, si être nazi, c’est prôner l’égalité des chances, la tolérance et le multiculturalisme, et que cela correspond à la
nouvelle définition du national-socialisme, alors je suis fier d’être nazi…
Je dédie ces quelques mots à mon très cher ami David a qui je reproche souvent le fait d'être Juif, mais que je me suis enfin décidé à pardonner, depuis que j'ai appris aujourd'hui que lui aussi est un nazi...