Ce chien était un con. Il ne pouvait pas s’empêchait de chiquer les fesses des gens qui lui tournaient le dos. Il était toujours content de voir du monde, et s’amusait à tyranniser tous ceux qui avaient peur de lui. Pendant un moment, j’ai été sa victime favorite, même si son aîné était là pour calmer ses ardeurs. Il venait me voir, et poussait ma main avec son museau. Dès que je commençais à lui caresser le haut du crane, il faisait mine de me mordre et puis remuait la queue comme si ça l’amusait de me voir retirer ma main précipitamment. Un jour, ma grand-mère est descendue avec moi, et il n’a pas osé m’approché. Il n’a même pas osé la regarder dans les yeux. Mon oncle l’avait acheté pour aider le premier chien à surveiller la cour et le jardin, et il n’osait même pas lever les yeux sur ma grand-mère. A partir de ce moment là, j’ai compris qu’il fallait l’amadouer et ne plus avoir peur de lui.
Le premier été que j’ai passé avec ma grand-mère et lui a été particulier. Je passais le plus clair de mon temps à regarder la télé, chose que mes parents ne me laissaient pas faire en dehors du Journal télévisé, et à jouer aux consoles que mes cousins avaient laissées là avant de partir en vacances. Mais il fallait, hélas, que je quitte le canapé pour aller dans la cour et me livrer à un petit rituel. D’abord, j’allais dans une sorte de garage dans lequel étaient entreposés toutes sortes d’objets. Ce garage menait à l’arrière de la maison, un tout petit potager, bien ombragé par un figuier. C’est dans le jardin que se trouvaient le robinet et le tuyau grâce auxquels je nettoyais la cour tous les jours. Les chiens avaient une particularité, ils ne déféquaient que dans la cours après que je les ai promenés. Donc je ramassais leurs merdes, les mettais à la poubelle, puis passais un coup d’eau avec le tuyau d’arrosage. J’étais leur femme de ménage, et ça faisait bien marrer ce con de chien. Si le plus vieux restait calmement près de la porte d’entrée à l’étage, le Malinois adorait me pousser pendant que je ramassais ses crottes. Il savait très bien que j’étais mal à l’aise dès qu’il s’approchait quand j’étais accroupi. Alors il arrivait, s’asseyait à 2 mètres de moi, et me regardait. J’ai toujours cru qu’il savait combien j’étais effrayé à l’idée qu’il puisse en un bond avoir ses dents sur ma gorge.
Une fois que j’avais nettoyé la cour, ils savaient ce qu’ils se passeraient, ils savaient qu’ils allaient sortir, et là ils m’adoraient. Surtout Lui. Il ne voulait jamais lâcher sa laisse, et ne cessait de bouger quand j’essayais de lui mettre. L’aîné était un peu plus patient même s’il lui arrivait parfois de prendre mon poignet dans sa bouche et de me tirer vers la porte. Il faisait ça tellement naturellement, tellement calmement qu’il ne m’a jamais effrayé, que je ne l’ai jamais puni d’avoir mis ma main dans sa bouche. En revanche, le Malinois lui prenait un malin plaisir à tirer sur mon t-shirt pendant que je l’attachais. Après 5 à 10 minutes de lutte, je finissais par franchir la porte, et j’étais trainé par ces deux molosses. Un berger malinois, un husky croisé avec un berger allemand, et moi 64 kilos, dont 1 d’acnée.
A mesure que l’été passait, j’ai commencé à jouer avec lui, et il est venu vers moi sans me provoquer, sans me délester d’un bout de fesses chaque fois que je tournais le dos. Il était doux, et adorait s’allonger sur moi quand je me reposais dans le potager. Quand ma grand-mère n’était pas là, je les laissais rentrer, l’Ainé restait à l’entrée, et lui se mettait au pied de mon canapé et de temps en temps il posait son museau humide sur ma main… Puis l’été se terminait, mon oncle et mes cousins revenaient, ils s’en « occupaient » à nouveau. Les merdes s’accumulaient à nouveau dans la cour, il recommençait à chiquer tout le monde, mais ne m’oubliait pas. Quand je venais voir ma grand-mère, il venait me voir avec notre balle, celle avec laquelle on jouait.
Puis un jour, elle nous a quitté. C’était en hiver, il faisait froid, et les seuls qui ont sur me réchauffer le cœur, les seuls devant qui j’ai pleuré sont des chiens. Ce chien est resté con. Il est mort aujourd’hui, avant l’aîné, on ne saura jamais pourquoi. Ce chient était un con. Et je suis certainement con pour m’attacher autant à un sac de poils.
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