Chère Anaïs,
Ton petit mot m’a vraiment fait plaisir. Jusque là, je n’ai eu le droit qu’à des insultes, des menaces et parfois même des signalements auprès des modérateurs. Il faut croire que le concept d’âme sœur est inconcevable en ce monde virtuel. Je trouve cela plutôt étrange étant donné le nombre important de personnes affirmant rechercher une relation durable. Bref, je ne m’attarderai pas sur la malhonnêteté maladive de nos semblables, et vais plutôt essayer de te répondre.
Tout d’abord, je tiens à te remercier encore une fois de t’être livrée au jeu de la vérité comme j’ai commencé à le faire. C’est, à mon sens, la seule façon de batir une relation solide. On ne peut pas construire une maison sur des sables mouvants, cela serait comme essayer de faire atterrir un Airbus dans l’Atlantique. J’ai connu une femme comme toi un jour. Elle était grande, avait une belle chevelure brune qui dansait lorsqu’elle riait, des jambes interminables et un tatouage dans le dos. Elle s’appelait Eva. Une sorte de chimère qui est devenue réalité. Je ne sais ni pourquoi, ni comment mais elle est la seule avec qui, malgré son âge avancé, j’aurais pu être tenté par une vraie relation. D’ailleurs, je pense que malgré la courte durée de celle-ci, notre relation était emprunte d’un amour aussi fort que celui de Kate Blanquette et Leonardo Di Carpaccio dans Titanic. Même si elle ne me l’a jamais avoué, je sentais qu’elle m’aimait. Je me rappelle comme elle faisait attention à moi, le matin au réveil, elle m’apportait le petit déjeuner et, même s’il n’était pas fameux, cela avait le mérite de me réchauffer le cœur. Une fois, une autre de mes conquêtes m’a apporté le petit déjeuner au lit mais le beurre n’a paru trop mou, la confiture tiède, et le chocolat mouillé. Quand elle était là, tout avait une saveur différente, et j’avais l’impression de manger l’Amour à la petite cuillère. On faisait parfois notre toilette ensemble. Elle était si douce et attentionnée. Le soir, avant qu’elle n’éteigne la lumière, elle avait toujours un mot doux qui me permettait de m’endormir paisiblement. Quand j’ai commencé à me sentir mal, elle était là. Elle me prenait par la main et me forçait à sortir, toujours souriante malgré les imprévus parfois désagréables auxquels on doit parfois faire face.
Ta franchise et ta façon d’écrire m’y ont fait repenser. Et cela me rappelle une chose que j’ai oublié de préciser dans ma présentation. Je n’aime pas être délaissé. Je veux être la priorité absolue de celle qui partagera ma vie, elle ne doit pas avoir une seule chose à faire plus importante que le massage des pieds quotidiens que je lui demanderai. Je te l’ai déjà dit, je suis extrêmement exigeant, et je ne voudrais pas être déçu par un éventuellement manquement à la règle. Je crois qu’Eva n’a pas supporté ces exigences. Elle est partie après 15 jours. Je n’ai jamais eu aucune nouvelle. Une autre infirmière s’est occupée de moi à partir de ce moment là. Je ne lui pardonnerai jamais de m’avoir laissé là comme une vieille chaussette. J’étais à bout, cette infection urinaire m’avait privé de toutes mes forces, et elle n’a pas daigné me prévenir qu’elle avait demandé à changer de service. Si tu es comme elle et ne supporte pas qu’un homme ait des attentes, que tu veux partir en me laissant le cœur et le pénis en morceaux, alors je te demande d’arrêter immédiatement de me parler. Ce n’est pas parce que je recherche le grand amour que j’ai envie d’être manipulé par une fille sournoise n’en voulant qu’à mon argent et mes bonnes idées. Eva était parfaite, belle et attentionnée, mais je sais qu’elle n’a fait ça que pour le sexe, le mien en particulier. Tout ce qu’elle voulait, c’était approcher mon pénis et le narguer alors qu’il était dans cette position si inconfortable. Tu parlais dans ton mot de ta grande compréhension, alors essaies de comprendre cela : si tu comptes m’abandonner sans aucune raison, alors que je te chéris, comme j’ai chéri Eva, alors ne visite même plus mon profil. Je pense l’aimer encore un peu au fond de moi, mais j’aimerais encore plus l’avoir en face de moi maintenant que mon pénis est à nouveau en état de marche, pour lui faire regretter de m’avoir quitté avant d’avoir grimpé mon Mont Olympe.
Voilà qui je suis, et qui je serai. J’ai cru que le changement ne te plaisait pas, alors nous sommes faits pour nous entendre, parce que je n’ai rien à changer, si ce n’est les pneus de ma voiture. Si je ne t’ai pas trop effrayée avec mes certitudes et mes sentiments guimauves, j’attends avec impatience ta réponse.
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