Il y a des trucs bizarres dans la vie. Les bruits par exemple. Ne vous arrive-il jamais de trouver certains bruits étranges ou tellement inadaptés à la situation qu’ils vous font ou froid dans le dos ou éclater de rire ?
J’étais tranquillement en train de faire mes devoirs sur la table du salon, dans la maison familiale de ma petite amie, quand j’entends un son pouvant s’apparenter à l’éjection d’un gaz par l’anus, ou, pour faire plus simple, à un bon gros pet. Je dois vous avouer que j’ai failli tomber de ma chaise. Il n’y avait que deux autres personnes dans la pièce, ma petite amie, et mon beau-père. Non pas que je ne sois pas objectif, mais il me paraissait strictement impossible qu’un bruit si immonde puisse sortir du derrière d’une si charmante jeune fille. Elle est cultivée, intelligente, dotée d’un sens de l’humour à toute épreuve, et est conforme aux normes européennes… Jamais, Ô grand jamais, elle ne pourrait laisser échapper de son séant une telle immondice. D’ailleurs, c’est bien simple, elle ne défèque jamais. Et quand bien même elle le ferait, Dior paierait des milles et des cents afin de s’approprier un extrait une de ses défécations et créerait le parfum le plus raffiné, le plus doux, le plus distingué de son histoire.
Bref, en procédant ainsi par élimination, il ne restait plus qu’une personne susceptible d’être à l’origine de ce pet : mon beau-père. Rien ne semblait pourtant supposer qu’il soit capable d’un tel attentat contre les bonnes mœurs. Il a toujours fait preuve d’une courtoisie sans limite, ne s’est jamais mouché dans la nappe, même si certes il n’y a que très rarement de nappes à tables, n’est jamais sorti nu de la douche, même si certes je ne l’ai jamais vu prendre de douche… Il est vraiment impeccable à tout point de vue : cultivé, courtois, sympathique et bourré d’humour.
Mais, c’est un garçon du sexe masculin. Preuve s’il en est : il ronfle pendant la sieste. De plus, il semble accablé. En effet, dites « beau-père » à haute voix et articulez correctement, vous distinguerez nettement les mots : « beau pet re ». N’est-ce pas une preuve irréfutable ? Comment aurait-il pu nier ? Alors que j’entendais pour la septième fois consécutive une de ces émissions gazeuses, je décidais de prendre mon courage à deux mains afin de sauver ma promise des malveillantes émanations de méthane pouvant nuire à sa savoureuse santé de sauterelle sauvagement sage.
C’est à ce moment qu’elle, ma petite amie, se pencha, et qu’alors le ciel s’abattit sur ma tête. Un son inaudible, un gargouillis glaireux, sourd et visqueux, retentit dans le salon… C’était donc elle. Elle me ment depuis le début. J’aurais du me douter qu’une fille ayant fait une école d’ingénieur ne pouvait être qu’un garçon qui a eu recours à la chirurgie esthétique. Il est de notoriété publique qu’une fille ne peut réussir dans les sciences, sinon il y aurait plus de prix Nobel féminin… J ‘étais donc amoureux d’un transsexuel. En l’espace de deux minutes, mon univers s’est effondré. C’était l’Apocalypse. Soudain, un autre son se fit entendre, et j’ai compris. Le canapé grinçait.
Moralité : Peu s’en faut pour douter, mais filles et beaux-pets point ne pètent, tandis que le bois point ne se gêne.